Manifeste

Depuis l’été 2014, la vie scientifique en histoire contemporaine a été marquée par une série de manifestations mettant la Grande Guerre au cœur de ses problématiques. Cela s’est traduit par un regain d’intérêt pour ce conflit de la part des doctorants comme des institutions : une « génération centenaire » de jeunes chercheurs a vu le jour, et les opportunités de ce moment unique ont permis à cette génération de faire un premier pas vers le dépassement des contraintes disciplinaires et paradigmatiques qui régissaient le champ jusqu’à présent. Et c’est là le phénomène le plus frappant de ces dernières années, qui nous semble le plus fertile pour celles à venir. À l’approche de la fin du centenaire, on peut tout de même dresser le bilan suivant : malgré ce renouveau et l’offre grandissante des séminaires et colloques, force est de constater que la vie académique portant sur la Première Guerre Mondiale reste centrée sur une constellation d’Institutions et des grandes villes, portée par des chercheurs expérimentés. Les doctorants et jeunes chercheurs sont nombreux à tirer profit de cette vitalité académique et de la fréquentation des colloques, conférences et séminaires où se côtoient les grands noms de l’historiographie de la période. Cependant cette nouvelle génération a maintenant le défi d’assurer l’après-centenaire et de maintenir l’intensité et la qualité des échanges.

Étant donné le caractère solitaire de la recherche dans les sciences humaines et la dispersion des doctorants dans le territoire français, on peut également constater le besoin d’un réseau permettant de répondre aux besoins spécifiques de ces jeunes chercheurs et de combattre la dispersion d’efforts et de ressources. Parallèlement à cela, le centenaire a permis de mettre en avant les différentes apories de la périodisation et des frontières communément admises dans l’étude de la Grande Guerre. Désormais, les doctorants peuvent travailler sur des sources, espaces géographiques et temporalités non envisagés il y a encore trente ans. Mais les divisions disciplinaires peuvent encore occulter la mise en commun des questionnements partagés par la plupart de ces chercheurs. Le réseau « Une Plus Grande Guerre » s’envisage donc comme un dépassement de frontières.

En tout premier lieu, dépassement des frontières géographiques, aussi synchroniques à la guerre, avec l’interrogation d’autres zones géographiques (Caucase, Empire Ottoman, Orient Proche, Europe de l’Est, pays neutres, pays colonisés, etc.), que diachroniques, en sortant des centres universitaires et urbains déjà reconnus par leur prestige. Des frontières inhérentes au champ académique et à la progression dans la carrière, avec la création d’un espace pensé par et pour les jeunes chercheurs, dans lequel doctorants et docteurs en début de carrière peuvent échanger et partager en toute liberté. Des frontières disciplinaires, nous amenant ainsi à valoriser tout autant l’archéologie, la littérature, la polémologie, l’anthropologie, la sociologie, les sciences médicales, la géographie, etc., dans une perspective d’ horizontalité entre les disciplines et les sources. Finalement, nous nous proposons de dépasser les frontières chronologiques, en nous préparant pour l’après centenaire mais aussi en repensant la Première Guerre Mondiale

depuis son amont et en aval chronologique tout autant qu’ en son sein , afin de penser au-delà de la Grande Guerre, l’envisager comme « Une Plus Grande guerre ». Le nom du réseau est tiré de la formule « a Greater War », employée par John Horne lors de sa conférence sur la guerre comme révolution à Oxford en novembre 2017, dans le but d’inclure dans la réflexion des traditions guerrières et révolutionnaires qui précédaient le conflit et qui ont survécu jusqu’au moins 1923.

Le réseau proposera donc des rencontres trimestrielles dans différentes universités françaises, organisées par des doctorants, où se dérouleront des tables rondes, des ateliers autour de travaux soumis à l’avance aux participants. Les jeunes chercheurs seront invités à commenter les recherches des uns et des autres, avec la médiation d ́un chercheur confirmé. Ce modèle, qui se prête à des lectures et relectures critiques , déjà expérimenté par l’ International Society for First World War Studies , et récemment utilisé avec succès par les réseaux Globalising and Localising the Great War , de l’Université d’Oxford, et MEMEX, de Belspo, à Oxford, en décembre 2017. Le réseau « +GG » est également le fruit du colloque « Au cœur de la Grande Guerre », qui a eu lieu à Mons en octobre 2017, et des rencontres faites lors de l’École d’Été du Centre International de Recherche de l’Historial de la Grande Guerre, à Péronne en juillet 2016.

Conscients des contraintes physiques et financières d’une telle décentralisation de la recherche à l’échelle nationale, mais appartenant à une génération en phase avec les nouvelles technologies, nous comptons nous appuyer sur le numérique pour résoudre cet écueil. Nous proposerons des ateliers virtuels sur les ressources déjà disponibles, tels que la bibliographie de l’ International Society for First World War Studies, et des initiatives de peer reviewing . « +GG » offrira également des lieux de partage des notes de colloques, mettant à la portée de tous la vie scientifique nationale et internationale, et de partage d’archives pour réduire la distance entre le chercheur et la source. Au fait des besoins en termes de lieux de soumission, de mise à l’épreuve et de maturation d’hypothèses de travail, nous proposerons un blog pour que la publication puisse redevenir un moyen de la recherche plutôt qu’une fin en soi. Finalement, nous avons à cœur de rendre accessibles tous nos échanges, avec des transmissions interactives en direct sur internet et une mise en ligne des vidéos après les rencontres, en tirant profit des nouveaux types de sociabilité de cette « génération centenaire » au service de la science.

Nous sommes à la recherche de partenaires et d’hôtes souhaitant prendre une part active dans la mise en place de ce réseau. Tous les parrainages et suggestions sont les bienvenus. Nous cherchons également des jeunes chercheurs désireux de s’engager dans cette aventure collective, et vous prions donc de diffuser ce manifeste auprès de vos étudiants et collègues.

Une Plus Grande Guerre

uneplusgrandeguerre@gmail.com

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